
La planète crypto fête ce soir les 10 ans de Bitcoin. Avec mes amis Adli
Takkal Bataille et Benoit Huguet nous avons marqué l’événement (avec quelques
jours d’avance) en publiant Bitcoin Métamorphoses, un
titre qui donne une idée du caractère plastique, protéiforme, mouvant, évolutif
de notre étonnant jeton monétaire.
Ce matin, Ledger proposait son wallet
en
édition commémorative. A midi, ce 31 octobre France Inter a célébré cet
anniversaire et le soir même on a entendu Adli et Renaud Lifchitz se
débattre à l’émission au
« le téléphone sonne » face au vieux scepticisme d’auditeurs
encore mal informés, tandis que tous les téléphones des rares experts un peu
médiatiques sonnent à l’unisson.
Muette depuis le tant célébré effondrement du bitcoin l’hiver
dernier, la presse se réveille en effet. Tiens Bitcoin existe toujours? Il
pourrait détruire la planète en réchauffant l’atmosphère s’il atteignait des
millions. Si on craint cela c’est qu’on songe un peu au million…
Happy birthday Mr (or Mrs) Bitcoin ! Mais faut-il
vraiment présenter les voeux ce soir, ou demain matin? Et en quoi cette date
pourrait-elle faire signe vers autre chose que vers la faillite de Lehman
Brothers, qui apparait peut-être de façon abusive dans tous les récits de la
genèse ?
Incontestablement la date du 31 octobre est largement citée.
Dans Bitcoin, la monnaie acéphale, Adli et moi
donnions la date du 31. Il s’est trouvé des lecteurs pour nous le
reprocher.
On trouve en effet la date du 1er novembre dans des médias généralement bien
informés : Coindesk,
Wired, ou le
Guardian. Mais là où cela se complique c’est qu’à l’appui de chacune des
deux dates on peut brandir un site donnant, avec une date (et une heure)
différentes, la même reproduction du mail fondateur. Ainsi ici Fri
Oct 31 14:10:00 EDT 2008 ( 2 heures de l’après midi à New York) et là
Sat, 01
Nov 2008 16:16:33 -0700.
Du coup, bien des auteurs éludent la difficulté et ne donnent que l’année,
2008, renvoyant la naissance à la date mieux documentée du 3 janvier 2009.
D’autres sources jonglent. Alors que la page française de Wikipedia ne donne
que l’année, la page anglaise donne le mois de novembre dans le texte et la date
du 31 octobre en note.
J’ai bien essayé de trouver une raison à cette double datation. Pour se
débarrasser de moi, plusieurs amis m’ont avancé l’hypothèse d’une différence
due aux créneaux horaires. Seulement, vu le sens de rotation de notre planète,
ceci ne tiendrait debout que si Satoshi était (ce qui est drôle) très à
l’Orient, par exemple … au Japon ou en Australie : écrivant le 1er
novembre à 16 heures, il pourrait encore être daté du 31 aux Etats-Unis, encore
qu’il n’y ait que 15 fuseaux si on prend le temps sur la côte Est. Après je ne
connais pas le mécanisme d’enregistrement de l’heure sur chacun des sites
répertoriant son white
paper, lequel n’est pas daté du tout, et chacun de nous a eu au moins
une fois dans sa vie l’occasion de voir apparaitre une date surprenante sur tel
ou tel message. Le même envoi n’a pas la même date chez l’expéditeur et chez
plusieurs destinataires.
Le site du Satoshi
Institute qui donne des détails fins indique le 31 octobre 18:10:00 UTC. En
ce cas, à l’est de la Sibérie, on est bien le 1er novembre… Mais le décalage
entre le temps de New York et le temps de Londres est de 5 heures, pas de 4.
Autre mystère, donc.
Après un échange entre son
responsable et moi, le site
Bitcoin.fr a finalement choisi d’afficher la date du 1er novembre, avec un
argument sérieux (le site est réputé pour sa fiabilité) : l’archive la
plus ancienne dont
archive.org a conservé la trace le 24 décembre 2008 mentionne Sat,
01 Nov 2008 16:16:33 sans préciser de quelle heure il s’agit.
L’un de ceux qui se sont souciés de ce détail historique avance une autre
raison :
le temps de modération du blog. Possible. Au moins n’a-t-on plus à se
perdre dans les créneaux horaires (et les changements d’heures). Mais, du coup,
cela plaide pour le 31 !
Satoshi a-t-il plus ou moins artificellement organisé une double date pour
sa non-paternité ? Allez savoir avec cet homme, ou cette femme, ou ces
gens-là !
Je voudrais donc présenter une hypothèse qui m’a été suggérée par une
conversation au dernier Repas du Coin avec Maître Michelle Abraham : le
31, c’est Halloween. Bien sûr !
On lit partout que le white paper est publié après la faillite de
Lehman Brothers. Cela permet de « donner du sens » à l’événement.
Mais c’est forcer le trait. Pourquoi Satoshi n’aurait-il pas sorti son papier
le 16 septembre ? Parce qu’il n’était pas fini, publiable ?
Invérifiable. S’il n’a pas choisi sa date de manière symbolique, ou disons
autrement qu’en fonction de l’avancement de ses travaux, d’autres l’ont-ils
fait pour lui ? Le glissement du 1er novembre au 31 octobre (au demeurant
étayé par diverses sources) a pu « donner du sens »
différemment…
J’ai déjà abordé l’usage de la monnaie « pour rire ». Dans un billet
déjà ancien sur l’argent du carnaval et de la
fête des fous, mais surtout dans un billet de Noël sur la monnaie en chocolat.
Il est bien établi que les friandises (Treat) sont à l’occasion
remplacées par de la menue monnaie. Et qu’en fait, ici comme dans d’autres
coutumes, la monnaie ne remplace pas les bonbons mais tout au contraire les
petits cadeaux innocents rappellent des paiements bien réels. On a vu de
pauvres gens, jadis, vendre au sens strict les prières qu’ils pouvaient faire
(n’ayant le plus souvent que cela à faire) pour les âmes (soul) des
morts des familles riches. On leur donnait une piécette ou ce qu’on appelait en
anglais un soul cake.
Les farces et mauvais tours (Trick) que l’on risque en ne payant
pas les petits enfants sont bel et bien de méchants sorts. Vos défunts risquent
de le payer très cher, même si tout le folklore américain (depuis guère plus
d’un siècle) emballe de sucre industriel et de gélatine le trafic bien plus
sérieux de la tradition pluriséculaire des îles britanniques.
Un trafic, notons-le, qui est le premier interfaçant la « vraie
vie » comme disent les banquiers, les « choses de ce monde »
comme disent les curés, avec cet « Au-delà », cet espace
méta-physique où évoluent les anges, les démons, les âmes des
défunts.
Bitcoin, méta-monnaie avons-nous dit avec Adli dans notre livre,
avant de décrire dans le livre suivant ses métamorphoses. La faire
naître le jour de ce trafic n’est à cet égard pas anodin, même si Bitcoin est
plus probablement né le jour de tous les saints !
Retrouver l’article original de Jacques Favier ici: Lien Source
L’article 83 – Trick or Treat est apparu en premier sur BlockBlog.
https://blockblog.fr/83-trick-or-treat/
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